Far breton de grand-mère : la recette au beurre salé qu’on ne voulait pas vous donner

Far breton de grand-mère : la recette au beurre salé qu’on ne voulait pas vous donner

Il existe des recettes qui sont bien plus que de simples listes d’ingrédients. Elles sont des portes ouvertes sur le passé, des madeleines de Proust qui ravivent les dimanches en famille et les odeurs de cuisine de nos grands-mères. Le far breton fait partie de ce panthéon des douceurs intemporelles. Mais attention, pas n’importe lequel. Nous parlons ici de la version authentique, celle dont la recette se chuchotait de génération en génération, jalousement gardée. Son secret ? Un ingrédient qui change tout, qui ancre ce dessert dans son terroir avec force et caractère : le beurre demi-sel. Oubliez les versions fades et sans âme. Aujourd’hui, nous vous livrons les clés de ce monument de la pâtisserie bretonne, un gâteau à la texture inimitable, entre le flan et le clafoutis, dense, humide et réconfortant. Préparez-vous à redécouvrir le vrai goût de la Bretagne.

45 minutes

facile

Ingrédients

personnes +

Ustensiles

Préparation

1. La métamorphose des pruneaux

Commencez par le cœur fruité de votre far. Si vos pruneaux sont un peu secs, il est crucial de les réhydrater pour qu’ils deviennent fondants et juteux à la cuisson. Placez-les dans un bol et couvrez-les d’eau tiède ou, pour une version plus festive, d’un thé noir bien infusé ou même des deux cuillères à soupe de rhum ambré. Laissez-les se gorger de liquide pendant au moins trente minutes. Cette étape, souvent négligée, est la première garantie d’un far réussi, où chaque bouchée offrira le contraste parfait entre la douceur de la pâte et l’intensité du fruit confit. Une fois bien gonflés, égouttez-les délicatement et réservez-les. Pendant ce temps, préchauffez votre four à 180°C (thermostat 6). La chaleur doit être statique de préférence, pour une cuisson douce et homogène qui respectera la texture délicate de l’appareil.

2. La création de l’appareil, un jeu d’enfant

Dans un grand saladier, versez la farine et le sucre en poudre. Avec le dos d’une cuillère, creusez un puits au centre, comme un petit volcan. C’est dans ce cratère que vous allez casser les deux œufs. Ne mélangez pas tout de suite ! Avec un fouet, commencez par battre les œufs au centre, puis, petit à petit, incorporez la farine des bords. Ce geste simple vous évitera la formation de grumeaux. Vous devez obtenir une pâte épaisse et lisse. C’est maintenant que la magie opère. Versez le lait froid, mais faites-le progressivement, en un mince filet, tout en continuant de fouetter énergiquement. Votre pâte va se liquéfier pour atteindre la consistance d’une pâte à crêpes un peu épaisse. C’est ce qu’on appelle l’appareil : le mélange liquide ou semi-liquide qui constitue la base d’une préparation culinaire, ici la pâte du far. Ajoutez ensuite l’extrait de vanille pour parfumer délicatement l’ensemble.

3. Le secret breton, le beurre noisette salé

Prenez 60 grammes de votre beurre demi-sel. Coupez-le en morceaux et placez-le dans une petite casserole sur feu moyen. Laissez-le fondre doucement, puis attendez qu’il crépite et se mette à chanter. Observez-le attentivement : il va se colorer, passer du jaune pâle à une teinte ambrée et dégager une irrésistible odeur de noisette grillée. C’est le fameux beurre noisette : un beurre clarifié dont les particules de lait ont caramélisé, développant des arômes complexes et profonds. Dès qu’il atteint cette couleur, retirez-le immédiatement du feu pour stopper la cuisson. Versez ce beurre chaud et parfumé dans votre appareil tout en remuant. C’est cette étape qui donne au vrai far breton sa saveur incomparable, sa richesse et ses notes subtilement grillées. Ne la sautez sous aucun prétexte !

4. L’assemblage et la cuisson patiente

Choisissez un plat rond en céramique ou en porcelaine d’environ 22 centimètres de diamètre. Utilisez les 20 grammes de beurre restants pour beurrer généreusement le plat, sans oublier les bords. Farinez-le ensuite légèrement en tapotant pour retirer l’excédent, cela garantira un démoulage parfait si vous le souhaitez. Répartissez harmonieusement les pruneaux réhydratés au fond du plat. Versez délicatement l’appareil par-dessus. Enfournez dans votre four préchauffé et laissez cuire pendant environ 45 à 50 minutes. Le far est cuit lorsque les bords sont bien dorés et que le centre est pris mais encore très légèrement tremblotant. Pour vérifier, plantez la lame d’un couteau au centre : elle doit ressortir propre. Laissez-le tiédir avant de vous laisser tenter. La patience est la dernière vertu du pâtissier.

Juliette Lambert

Mon astuce de chef

Le secret d’un far inoubliable réside dans la qualité de son beurre. Optez pour un véritable beurre de baratte demi-sel, si possible au sel de Guérande. N’hésitez pas à le laisser légèrement colorer en beurre noisette comme indiqué dans la recette. Il apportera des notes de caramel et une profondeur de goût que vous ne retrouverez jamais avec un beurre doux classique. C’est la signature d’un far authentique, celui qui a le vrai goût du souvenir.

Quel nectar pour accompagner ce trésor breton ?

Pour rester dans le terroir, l’accord parfait est sans conteste un cidre brut fermier de Bretagne. Ses fines bulles et sa légère amertume viendront trancher avec la richesse du far, et ses notes de pommes compléteront à merveille le goût des pruneaux. Servez-le bien frais dans des bolées traditionnelles en grès. Si vous préférez un accord plus liquoreux, un verre de Chouchen, l’hydromel breton, sera une option audacieuse et locale. Pour les amateurs de vin, un Coteaux-du-layon ou un Vouvray moelleux, avec leur douceur et leur acidité, escorteront ce dessert avec élégance.

L’info en plus

Le far breton, bien avant d’être le dessert que nous connaissons, était une simple bouillie de blé ou de sarrasin cuite dans un sac, qui accompagnait les viandes. Son nom vient du latin « far », qui signifie froment. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’il se transforme en entremets sucré, enrichi d’œufs et de lait. Les pruneaux, quant à eux, ne sont pas originaires de Bretagne. Ils étaient débarqués dans les grands ports comme Brest ou Lorient, considérés comme un produit de luxe. Les ajouter au far était donc un signe de richesse, réservé aux jours de fête. Chaque famille bretonne a sa propre version, avec ou sans pruneaux, plus ou moins riche en beurre, mais la constante reste cette texture unique, qui fait de ce plat paysan un véritable emblème de la gastronomie régionale.

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